Chauffe-terrasses: l’écologie de façade de la Ville de Paris est-elle durable?
Xavier Denamur | 28 mars 2011 | 7 h 18 min
crédit photo ©photothèque des jeunes parisiens
Les 28 et 29 mars prochain sera débattue au conseil de Paris la mise en place d’un nouveau règlement des terrasses et des étalages.
La proposition de supprimer les bâches plastiques est excellente car elle permettra de faire respecter la loi sur l’interdiction de fumer et préserver la santé des salariés des restaurants.
Mais vouloir interdire les chauffages extérieur au gaz est symptomatique d’une vision idéologique de l’écologie déconnectée de toute réalité financière, économique et sociale.
Voici pourquoi.
1 Pourquoi ne pas interdire tous les chauffe-terrasses extérieurs?
Réchauffer les Parisiens et les touristes qui prennent la pose ou la pause sur les terrasses des cafés en hiver devrait être totalement interdit. Ces petits plaisirs au même titre que les sorties en voiture les week-ends pour s’oxygéner sont effectivement nuisibles à la santé de la planète et il est normal que la Ville de Paris veuille se charger de ces problèmes s’ils rentrent son champ de compétences.
Ce qui est étrange dans la stratégie écologique de la Ville de Paris, c’est son choix à continuer de tolérer les chauffe-terrasses électriques alors qu’en France 80% de l’électricité est produite par des centrales nucléaires.
Comme l’a écrit le Synhorcat, (principal syndicat de restaurateurs de la région parisienne), dans une lettre adressée à des parlementaires, « l’utilisation des chauffages de terrasses s’effectue dans la période de pointe journalière de consommation d’énergie (entre 18h et 24h) ». Or, selon l’ADEME (l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie)durant ces périodes, le surplus de demande d’énergie électrique est assuré par des centrales à énergie fossile. La pollution émise sur le site de production est encore plus polluante pour l’environnement que la pollution émise par la combustion du gaz sur place pour une puissance énergétique équivalente pour le consommateur final. Toujours selon l’ADEME, pendant ces périodes de fortes demandes énergétiques, le chauffage électrique est deux fois plus polluant que le chauffage au gaz à raison de 500 à 600 grammes de CO2 par KWH pour le chauffage électrique et de seulement 274 grammes pour le butane et même de seulement 234 grammes pour le gaz naturel.
Même pour Greenpeace, » Renoncer au chauffage électrique est un bon calcul pour l’environnement, l’économie et la société ».
2 Quels dégâts collatéraux sur les plans financiers, économiques et sociaux ?
On constate que depuis l’apparition des premiers chauffe-terrasses en 1998, le chiffre d’affaires et les embauches dans les CHR (Cafés, Hôtels, Restaurants) à Paris comme dans le reste de la France ont plus progressé que dans le reste des autres secteurs de l’économie.
Le maintien d’une grande activité en terrasse pendant toute l’année a sans aucun doute permis cette forte croissance du secteur lors des douze dernières années comme le prouve les statistiques de l’INSEE.
Sur les 10 à 12 000 terrasses que compte la capitale, peu ne sont pas chauffées. Supprimer les chauffages reviendrait selon les différentes organisations patronales du secteur à perdre des milliers d’emplois et environ 20% du chiffre d’affaires des établissements concernés. Suite à l’application de cette mesure, on assisterait donc à une réduction drastique des versements de charges, impôts et taxes en proportion, ce qui aggraverait encore les déficits publics.
3 Comment faire autrement ?
Au lieu de détruire des emplois, d’augmenter les impôts locaux et de priver un grand nombre de Parisiens de l’ouverture permanente des terrasses, ne vaudrait-il pas mieux fortement taxer ces chauffe-terrasses ? Avec ces nouvelles recettes, la Ville de Paris pourrait financer des programmes écologiques durables et créateurs d’emplois comme par exemple isoler certains bâtiments gérés par la municipalité, dont le gaspillage énergétique à longs termes est sans aucun doute plus important que celui des chauffes-terrasses ou introduire des produits bruts et frais issus de l’agriculture biologique et locale dans les cantines gérées par les caisses des écoles?
Ainsi, en taxant 500 euros par an les 15 à 20 000 chauffe-terrasses de Paris, la ville engrangerait entre 7.5 et 10 millions d’euros supplémentaires par an.
A travers cet exemple se pose la question du financement de l’écologie et de choix prioritaires en termes d’écologie. Quelle est la trace carbone d’un saumon entre parenthèse blindé de sel en provenance de Chine et congelé pendant un an avant d’être livré dans les écoles de la Ville de Paris? Quel coût à longs termes aura ce choix purement financier et économique pour nos enfants ? Je voulais donc pointer ici l’incohérence de la Ville de Paris qui semble préférer l’écologie de façade plutôt que de trouver des moyens pour régler des problèmes de fond qui polluent l’atmosphère dans des proportions sans commune mesure avec l’utilisation des chauffe-terrasses. Naturellement, la pollution engendrer par l’alimentation industrielle servie dans les cantines comme dans un grand nombre de restaurants et qui peut venir du monde entier tant que le paysan est moins cher n’est pas vraiment visible dans le bilan carbone de la ville pourtant à longs termes les vrais enjeux écologiques sont là. C’est pour ces raisons que je propose aussi bien de taxer ces chauffages que les produits servis par les restaurateurs. Prendre aux riches pour transformer écologiquement et socialement la société ne me semble pas incohérent.
Pourquoi la Ville de Paris soucieuse des deniers de ses administrés et de la santé des écoliers se priverait-elle de moyens financiers pour mettre en place une véritable politique socio-éco-logique durable?
On pourrait avoir la même approche pour les voitures dont la pollution est hautement plus importante en termes d’émission de CO2 et plus nocive pour la santé.
Interdire ou taxer? Au delà du choix politique se pose la question des moyens de la reconversion écologique de la société. Peut-on imaginer dans 2 ans interdire toutes les voitures de loisirs roulant à l’essence et n’autoriser que les électriques? Peut-on imaginer dans 2 ans interdire tous les plats industriels dans la restauration scolaire et n’autoriser que les produits bruts et frais?
Vous avez un avis sur le sujet, venez en débattre sur Rue89 http://www.rue89.com/2011/03/27/restauration-mairie-de-paris-les-chauffe-terrasses-sont-nos-amis-197089
Complément du 31 mars 2011
La réponse de Jacques Boutault maire EELV du second arrondissement de Paris http://www.rue89.com/2011/03/29/chauffer-dehors-est-une-aberration-ma-reponse-a-xavier-denamur-197550
Et ma réaction à son désir de clarification:
Monsieur le maire,
Je suis ravi de voir enfin un élu prendre conscience de l’ineptie de la décision de Ville de Paris de pousser les restaurateurs à se convertir « au nucléaire » et au gaspillage énergétique.
Comme vous n’êtes pas sans savoir qu’aucune étude d’impacts sérieuse n’a été réalisée sur ce dossier, pouvez-vous en conséquence m’expliquer comment l’exécutif a fait pour prendre une telle décision? Est-ce pour améliorer son bilan carbone que la Ville de Paris a choisi de déplacer la pollution dans nos campagnes?
Je vous accorde donc que si « chauffer l’extérieur est une aberration », le laisser faire qu’à l’électricité pour des raisons écologiques est une connerie sans nom dont l’entière responsabilité incombe à l’équipe municipale dont malheureusement vous faites partie.
Très cordialement
Xavier Denamur reste orateur libre de mettre un peu d’eau dans le gaz
PS: à propos de votre clin d’oeil à la baisse de la TVA, sachez que sur ce dossier comme sur celui qui nous occupe aujourd’hui, je n’ai pas tout à fait les mêmes positions que la majorité de mes collègues. Je vous invite donc à lire mes tribunes sur www.vegr.fr , vous comprendrez mieux ma démarche et vous aurez peut-être envie de me rencontrer pour trouver la meilleure solution écologique, économique et sociale à ces aberrations dont la responsabilité incombe à l’UMP, au PS et malheureusement en partie à EELV.





















