Les vrais états généraux de la restauration

IL EST TEMPS DE SE REMETTRE A TABLE !
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Le Nord laissera-t-il vivre le Sud ?

Administrateur | 14 mars 2012 | 21 h 34 min

citazine_logoMarc Dufumier est agronome. Depuis plus de 40 ans, il observe les agricultures du monde entier. Associé au développement des pays du Sud, professeur à l’AgroParisTech, il a voulu écrire ce livre pour témoigner des dysfonctionnements profonds de l’agriculture moderne. Celle qui conduit à la malbouffe au Nord, à la famine au Sud. Et aussi, cette pollution qui s’infiltre dans les sols et les corps. Pour lui, seule l’agriculture biologique pourra nourrir les milliards d’êtres humains. Une agriculture biologique, mais aussi moderne, créatrice d’emplois et rémunératrice. Et surtout qui pourrait faire vivre les agriculteurs du Sud, aujourd’hui étouffés par le Nord. Démonstration.

Interview réalisée par Dorothée Duchemin à lire sur le site de Citazine

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L’obésité déclarée fléau mondial par l’ONU

Administrateur | 9 mars 2012 | 15 h 08 min

Olivier de Schutter auteur du rapport sur l'obésité à l'ONU sur
Olivier de Schutter auteur du rapport sur l’obésité à l’ONU.
ENORME!!!!! Et les candidats à la présidentielle évitent de mettre le débat sur la table, la-men-table.
Organisez un cinéma de campagne autour du film République de la Malbouffe et faites pression sur les candidats et vos élus locaux afin qu’ils viennent en débattre avec vous.
Article publié le 8 mars 2012 à minuit par ELIANE PATRIARCA

«On est foutus on mange trop !» Visionnaire Alain Souchon. Son refrain est aujourd’hui repris, en substance, par le rapporteur de l’ONU sur le droit à l’alimentation. Olivier de Schutter a alerté les gouvernements mardi à Genève : «Nos systèmes alimentaires rendent les gens malades.» Devant le Conseil des droits de l’homme, où il présentait un rapport sur les liens entre santé et malnutrition, il a sonné l’alarme face à un nouveau fléau mondial : l’épidémie d’obésité.

Dans le monde, au moins 300 millions de personnes sont obèses et plus d’un milliard sont en surcharge pondérale. Soit une personne sur cinq sur la planète, plus que le nombre de celles qui souffrent de la faim. Avec des conséquences dramatiques : 2,8 millions de décès par an et une espérance de vie en déclin. Le problème n’est pas l’apanage des pays riches : les pays en développement sont aussi de plus en plus touchés.

Pilules. Face à cette crise sanitaire, que faisons-nous ? Le rapporteur balaie d’un revers de main la «médicalisation de nos régimes alimentaires», les «avertissements sanitaires aux consommateurs», ou encore les pilules amincissantes et les régimes. Il exhorte les gouvernements à s’attaquer «aux problèmes systémiques qui génère la mauvaise nutrition». «Nous avons laissé aux entreprises agroalimentaires la responsabilité de faire naître un bon équilibre nutritionnel», déplore-t-il. Or l’abondance des aliments transformés est une menace majeure pour l’amélioration de la nutrition. «Les transformations lourdes représentent un « win-win » pour les multinationales agroalimentaires : les articles transformés peuvent être produits et distribués à très grande échelle grâce à des ingrédients subventionnés bon marché et à leur plus longue durée de conservation.» Mais, pour les consommateurs, c’est un «lose-lose», car les aliments fortement transformés mènent à «des régimes plus riches en acides gras saturés et trans, en sel et en sucres». Dans les pays les plus aisés, ce sont les groupes de population les plus pauvres qui sont les plus touchés parce que les aliments riches en graisses, en sucre et en sel sont souvent moins chers que les aliments sains. Quant aux enfants, ils deviennent accros à une malbouffe qui les cible clairement.

Olivier de Schutter propose d’abord de taxer les produits préjudiciables à la santé et de réglementer les plus riches en graisses saturées, en sel et en sucre. En exemple, le rapporteur cite l’instauration au Danemark, en Finlande, en France et en Hongrie de taxes sur des aliments nocifs et des sodas.

Subventions. Olivier de Schutter appelle aussi les gouvernements à mettre un frein à la publicité pour la malbouffe. En 2010, les entreprises américaines ont dépensé 8,5 milliards de dollars (6,5 milliards d’euros) pour vanter confiseries et boissons non alcoolisées, alors que 44 millions de dollars seulement étaient alloués au principal programme gouvernemental pour une alimentation saine. Autres propositions : s’attaquer aux subventions agricoles qui favorisent certains ingrédients en oubliant leur impact sanitaire et promouvoir les productions locales «pour que les consommateurs aient accès à des aliments sains, frais et nutritifs».

Malade de son alimentation, l’Occident exporte son diabète et ses maladies cardiaques dans les pays en développement, via les aliments transformés. D’ici 2030, plus de 5 millions de personnes mourront chaque année avant l’âge de 60 ans suite à des maladies non transmissibles liées aux régimes alimentaires.

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Le label « maître restaurateur », qui valorise le fait-maison, peine à s’imposer

Administrateur | 14 janvier 2012 | 0 h 08 min

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La vérité sur les prétendues galettes des rois artisanales

Administrateur | 6 janvier 2012 | 15 h 53 min

galette des roisArticle de Jean-François Arnaud pour le site Challenges.fr
EXCLUSIF Selon le célèbre boulanger Jean-Luc Poujauran, plus de 80% des galettes vendues à Paris sont des produits industriels que les boulangers-pâtissiers se contentent de réchauffer.

C’est l’un des plus gros mensonges faits aux consommateurs. Un mensonge répété invariablement chaque mois de janvier. Les galettes des rois que vous achetez chez votre boulanger ou votre pâtissier sont dans la plupart des cas, des produits industriels, fabriqués en usine et livrés congelés. Mauvaise nouvelle pour les gourmets, dans un très grand nombre de cas, ces gâteaux vendus entre 12 et 40 euros par ces commerçants sont exactement identiques à ceux vendus cette année 4 euros chez Carrefour et 4,50 euros chez Auchan pour une galette 6-8 parts.

Alors que les Français se disent de plus en plus, adeptes des produits sains, bios et fabriqués avec des ingrédients traçables, les voilà qui se précipitent en masse, sans le savoir, sur un produit alimentaire très largement fabriqué à la chaîne dans des usines.

8 galettes sur 10 ne sont pas des gâteaux « faits maison »

Selon le célèbre boulanger Jean-Luc Poujauran, plus de 80% des galettes des rois vendues à Paris sont des produits industriels que les commerçants se contentent de réchauffer. Son confrère, le pâtissier Christian Constant déplore cette situation et l’omerta qui règne en France autour des gâteaux et viennoiseries vendus en boulangeries et pâtisserie.

« Il est très difficile pour un client lambda de faire la différence entre une galette industrielle et une galette faite maison, car dans certains cas, la frangipane congelée et décongelée peut être meilleure qu’une pâte faite le jour même, la décongélation détend les glutens, souligne-t-il, mais c’est tout simplement une arnaque de ne pas informer le client ».

Traquer les camions de livraison le matin

Pour cet artisan, il faut aller regarder dans les poubelles des pâtissiers pour en avoir le cœur net, un geste d’autant plus légitime que c’est le seul moyen de savoir quels sont les ingrédients utilisés. Beurre ou margarine, arômes artificiels, quantité et provenance des amandes, conservateurs… La fabrication industrielle oblige parfois à sélectionner les matières premières les plus pratiques et les plus disponibles.

Pour autant la loi n’oblige pas les commerçants qui se proclament pâtissiers ou même boulangers, à donner la liste de leurs ingrédients. « Il suffit de se promener de bon matin dans son quartier pour voir les camions de livraison de groupes industriels bien connus des professionnels telles que les sociétés Coup de pâte ou Tout Beurre », s’indigne Xavier Denamur, restaurateur en croisade contre l’invasion des produits industriels dans les commerces de bouche. Selon lui, le mal est tout aussi répandu dans les 120.000 restaurants français où il ne reste aujourd’hui qu’une minorité de professionnels à bouder les préparations toutes faites ou en kit, à réchauffer avant de servir.

Même régime pour la viennoiserie

Pour ceux que ces lignes ont émus, inutile de s’offrir un croissant pur beurre pour se remonter le moral. La viennoiserie est encore plus atteinte par cette industrialisation rampante et volontairement dissimulée. Les pains au chocolat, cannelés, mais aussi les macarons et financiers sur lesquels vous vous précipitez sur le chemin de la maison, ont vu le jour dans une grande usine de l’Ouest ou du Nord de la France. Méfiez-vous de votre pâtissier, il vous ment (par omission) tous les jours avec un grand sourire.

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Resto : et si on nous disait ce qu’il y a vraiment dans notre assiette ?

Administrateur | 6 janvier 2012 | 15 h 48 min

restauration-alimentationArticle de Camille d’Aillières publié le 5 janvier sur le site Rue89.com
Y a-t-il (encore) un chef pour faire la cuisine ? La patrie de la gastronomie réserve quelques déceptions côté fourneaux : nombre de restaurateurs semblent avoir perdu la recette et trop rares sont ceux qui peuvent, sans rougir ni mentir, se vanter de cuisiner une majorité d’aliments frais et mitonnés sur place.

Pourquoi ne pas afficher clairement le menu pour s’assurer que le « fait maison » n’ait pas le goût du plat industriel ?

L’idée

Denis Peltier, propriétaire du Brandevin à Paris (XVIe), assure faire depuis vingt ans « tous ses achats à Rungis, deux ou trois fois par semaine ». Il note :

« Sur mes trente copains restaurateurs, il y en a deux qui vont se fournir à Rungis en produits frais. »

Autant l’avouer, par facilité, les cuisiniers ont pris la fâcheuse habitude d’aller traîner leurs toques blanches dans les centrales d’achat, jetant leur dévolu sur des haricots verts surgelés, une blanquette de facture industrielle vendue sous-vide, et des fondants au chocolat standardisés, vendus en barquette de 5 kg.

Par souci de transparence pour le consommateur, les politiques se sont sobrement emparés du sujet : un amendement est passé le 3 octobre dernier à l’Assemblée nationale, dans le cadre du projet de révision de la loi sur la protection et l’information des consommateurs. Il propose que les produits frais soient signalés sur la carte des restaurants par un astérisque, comme cela se fait déjà ailleurs en Europe, en Italie et en Grèce notamment.

Pour séparer le bon grain de l’ivraie, les principales organisations professionnelles de la restauration ont signé en 2007 la mise en place par l’Etat du titre de « maître-restaurateur ». Objectif : mettre en valeur « les meilleurs professionnels de la restauration traditionnelle », ceux qui cuisinent sur place et s’engagent « en faveur de la qualité ». Des cuisiniers dignes de ce nom, en substance…

Comment la mettre en pratique ?

Pour recevoir le titre de maître, les restaurateurs doivent en faire la demande et s’engager à respecter un cahier des charges bien précis :

cuisiner sur place « à partir de produits bruts majoritairement frais » ;
ne pas recourir à des plats préparés ;
justifier de leurs qualifications professionnelles et de celles de leur personnel ;
soigner l’aménagement du restaurant, la relation client, l’hygiène et la sécurité…
Ces critères sont soumis à un audit réalisé par un organisme certificateur indépendant de l’Etat, et la décision finale d’attribution revient au préfet de chaque département. Le président de l’association française des maîtres-restaurateurs, Francis Attrazic, lui-même restaurateur, résume :

« Le titre de maître-restaurateur met en avant ceux qui font le mieux leur travail. C’est une image de marque. »

Des cuisiniers prestigieux comme Anne-Sophie Pic ou Jean-François Piège ont déjà apposé la plaque dorée sur la devanture de leurs maisons, à côté de leurs nombreux macarons. Denis Peltier l’a obtenu en 2009. Il le considère comme « une reconnaissance » de son travail.

Ce qu’il reste à faire

Mais la sauce ne prend pas : sur les quelques 80 000 restaurateurs traditionnels en France, seuls 2 000 établissements l’ont réclamé. Le manque de notoriété du titre et les exigences qu’il impose ont poussé plus d’un chef à rendre leur tablier. L’association espère toutefois atteindre les 7 000 adhérents en 2015…

Xavier Denamur, propriétaire de cinq restaurants dans le Marais (Les Philosophes, La Belle Hortense…), n’est pas tendre avec le titre de maître-restaurateur :

« C’est un truc qui a été mis en place par le gouvernement pour éviter une législation. »

Denamur compte parmi ses (nombreux) faits d’armes la création d’un label baptisé « restaurant éco-responsable ». Il y sert une « vraie cuisse de canard maigre, confite comme autrefois » et met un point d’honneur à ne cuisiner que des produits bruts et frais, son unique credo :

« Ce n’est pas forcément plus cher. C’est juste que les restaurateurs vont devoir se remettre à bosser ! »

Denis Peltier n’a pas à se sentir visé, lui qui fait l’effort de se lever à l’heure où « Paris s’éveille » pour aller chercher le bon produit. Il renchérit :

« Pourquoi se donner du mal pour faire les choses bien s’il y en a à côté qui font n’importe quoi ? »

En d’autres termes, ce serait à ceux qui se contentent d’assembler des produits congelés ou qui osent servir des produits industriels d’être mis à l’index. Peltier demande la mise en place d’une vraie législation, avec des contrôles. Et un peu plus consistante qu’un simple astérisque…

Une proposition qui fait immédiatement monter Xavier Denamur en pression, lui qui vient de produire le film « La République de la malbouffe » pour réveiller le sens critique et ranimer les palais :

« Virez-moi les lobbies de l’Assemblée et du Sénat ! Qu’on ait des dirigeants qui se soucient avant tout du bien-être général ! »

Toujours prompt à bousculer un univers peut-être un peu trop enclin à s’endormir sur ses lauriers, le patron des « Philosophes » propose de remonter la TVA pour tout le monde à 19,6% : un gain de dix milliards d’euros, à redistribuer pour « récompenser ceux qui jouent le jeu de la transparence, et pour donner à l’Etat des moyens de contrôle ». Au risque de mettre le feu aux cuisines, mais nul doute que les clients sauront apprécier.

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HR INFOS lance la première critique de République de la malbouffe

Administrateur | 1 octobre 2011 | 2 h 36 min

mariannemalbouffe160pxLa journaliste Solenne Le Hen livre une critique savoureuse de République de la malbouffe sur le rare média indépendant spécialisé dans les HCR. HR INFOS

« A la tête de cinq restaurants à Paris, Xavier Denamur se fait pourtant le chantre de l’opposition à la baisse de la TVA dans un documentaire qu’il a produit et inspiré, « La République de la malbouffe », qui sortira en salle et en DVD début 2012. Ce « rest-orateur libre », c’est ainsi qu’il se définit, fondateur des « Vrais Etats Généraux de la Restauration », a rencontré les principaux acteurs de la restauration, syndicats, lobyyistes, cuisiniers ou encore agriculteurs, dans ce film plein de surprises et d’humour. Le 22 septembre, HR-infos a assisté à la projection du film en avant-première lors d’une soirée « Carte blanche » organisée par le site internet Rue89 (dont Xavier Denamur est l’un des actionnaires). Analyse du film et interviews de son producteur et de son réalisateur. »

Ecoutez la critique dans son intégralité sur le site de HR INFOS sur ce lien

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Sur la TVA, Martine Aubry est atteinte du syndrome de Chirac

Administrateur | 15 septembre 2011 | 0 h 50 min

Aubry et Royal
Mercredi 14 septembre 2011, Martine Aubry était invitée par Rue89 pour répondre aux questions des lecteurs du site. Voir l’ensemble de l’interview sur Rue89.com

Si ma question sur la baisse de la TVA a été à moitié retenue, Martine Aubry esquive et ne répond pas. Elle ressort la même logorrhée politicienne réchauffée que nous sert Ségolène Royal ou Nicolas Sarkozy.

Xavier : En octobre 2010, sur France 2, vous aviez déclaré que le PS, dans l’éventualité où il reprendrait le pouvoir en 2012, supprimerait la baisse de la TVA dans la restauration et que les 3 milliards d’euros ainsi récoltés serviraient à rendre du pouvoir d’achat aux employés les plus pauvres en leur donnant un chèque de 200 euros…

Ça, c’était le plan de relance, mais je vous laisse terminer.

Rue89 : Il s’étonne que vous changiez d’avis comme ça et se demande du coup s’il peut vous faire confiance.

Martine Aubry : Je ne change pas d’avis comme ça. Là, c’était une mesure conjoncturelle pour le plan de relance, qui était d’ailleurs une mesure très proche de celle que l’Allemagne avait prise. Ce plan de relance que nous avions proposé et qui n’a pas été entendu par le gouvernement, on en voit les résultats.

On a eu un plan de relance de l’économie, au moment de la crise, trop faible et pas assez long. Je vous donne une deuxième mesure. L’Allemagne a décidé de financer le chômage partiel. Les Allemands travaillent actuellement deux heures de moins par semaine en moyenne que nous, ça a coûté 4 milliards d’euros par an. Nous, avec ces 4 milliards, même un peu plus, on a financé les heures supplémentaires. On a subventionné les heures supplémentaires en période de chômage.

Nous avions dit : « Il faut effectivement, immédiatement, relancer le pouvoir d’achat pour éviter la crise, il faut travailler moins par le chômage partiel », c’était deux de nos propositions, et il y en avait une troisième, pour aider à l’investissement des PME. Nous n’avons été entendus sur aucune de celles-là.

Je reviens sur la TVA sur la restauration. Je continue à penser qu’il faut supprimer la [baisse de la] TVA sur la restauration dans les conditions dans lesquelles elle a été faite, c’est-à-dire sans aucune contrepartie.

Mais je pense aussi que dans ce secteur, si nous reprenions le sujet que j’avais traité quand j’étais ministre, avec la profession, avec des contreparties – lutte contre la précarité, lutte contre le travail au noir, augmentation des salaires des gens, augmentation des emplois, voire réduction de l’addition, tout cela devant être contrôlé –, alors on peut envisager une nouvelle réduction de la TVA sur la restauration. Mais celle qui a été mise en place là doit être supprimée.

Rue89 : Mais ils n’ont pas tenu leur promesse une fois, pourquoi pensez-vous que…

Martine Aubry: Il n’y avait pas de promesse monsieur, il n’y avait pas d’accord.

La petite relance du journaliste semble l’énerver, non madame Aubry, il n’y avait d’accord et il ne pourrait y en avoir que si l’on conserve les recettes fiscales pour obtenir des contreparties. Car comment négocier des contreparties sans monnaie d’échange sauf à modifier les législations sur la liberté des prix, des salaires hormis le SMIC ou d’embauches et à sortir de la CEE? Quant au contrôle, ce n’est pas avec les moyens du bord qu’on pourra faire évoluer les choses.

No more comment.

Rappel de ma question brute et fraîche:
« Le 14 octobre 2010, vous déclariez dans l’émission de France 2 « A vous de juger » que « le PS dans l’éventualité où il prendrait le pouvoir en 2012 supprimera la baisse de la TVA dans la restauration ». et que « les 3 milliards d’euros ainsi récoltés serviront à rendre du pouvoir d’achat aux 16 millions de foyers les plus pauvres en leur donnant un chèque de 200 euros et ainsi faire de la croissance par la relance de la consommation. »
Le 25 août 2011 sur France Inter vous avez déclaré « qu’il n’y aura pas de modification » de la TVA dans la restauration (grâce à une sorte de « contrat d’avenir » bis). Ecouter le son ici à partir de la 14 ème minute
Ma question est simple, comment pouvez-vous parler de cohérence aux français quand en moins d’un année sur un sujet aussi sensible que celui de la TVA dans la restauration, vous faites 2 propositions radicalement différentes et peu probantes?
Cordialement
Xavier Denamur reste orateur libre de rappeler aux politiques que les français attendent des propositions claires, chiffrées et cohérentes
PS: faites un tour sur www.vegr.fr pour approfondir ce dossier et ne vous dégonflez pas, venez le 4 octobre au palais du Luxembourg où je vous ai invité voir le film (République de la malbouffe) que j’ai produit avec les marges supplémentaires obtenues avec cette baisse TVA et participer au débat qui suivra. »

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Restaurants sous vide et industriels sous pression

Administrateur | 2 septembre 2011 | 1 h 44 min

Dans le 20H de France 2 du 30 août 2011, la mise en place d’une législation sur la transparence des plats servis dans la restauration est enfin évoquée sur une chaîne publique à une heure de grande écoute.

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Conseils d’un restaurateur contre le déficit : commencez par la TVA

Administrateur | 22 août 2011 | 15 h 00 min

deficit-public-cest-grave-docteur-L-1
Tribune de Xavier Denamur publiée le 22/08/2011 à 12H29 sur le site d’informations indépendant RUE89.com
Venez participer au débat sur RUE89 et cessez de croire que l’on ne peut rien faire face aux choix hasardeux de nos représentants politiques sous influence des lobbies de la finance et de l’industrie.

 » En qualité de restaurateur appartenant aux 0,01% des Français les plus riches, Xavier Denamur, opposé à la baisse de la TVA dans la restauration, fait part à Nicolas Sarkozy de ses suggestions pour l’aider à prendre de bonnes décisions sur les arbitrages fiscaux.

Monsieur le Président,

Bien que mon dernier courrier concernant la baisse de la TVA dans la restauration ne vous ait pas empêché de choisir la mauvaise option pour mon secteur comme pour la France, je me permets, compte tenu du contexte économique et social actuel, de renouveler ma démarche et de vous formuler quelques conseils de bon sens pour éviter à notre pays de perdre à plus ou moins long terme son triple A et de s’enfoncer dans une longue récession.

Le 24 août [date à laquelle le gouvernement dévoilera ses pistes pour réduire les déficits publics, ndlr], au lieu de gratter quelques milliards d’euros à droite et à gauche pour tenter de garder la confiance des marchés et risquer de désagréger encore plus la cohésion sociale, vous feriez mieux d’envoyer un signal fort aussi bien au marché qu’à nos concitoyens. Faites des arbitrages dont les incidences permettront effectivement de trouver au moins 10 milliards d’économies mais surtout conduiront à dynamiser la croissance et à réduire la fraude sociale et fiscale qui s’élève à plusieurs dizaines de milliards d’euros par an.

Le discours populiste et électoraliste selon lequel on n’augmente pas les impôts relève d’une idéologie archaïque qui prend son inspiration dans le modèle mis en place aux Etats-Unis à l’époque du président Reagan, cela a mené la première puissance économique du monde au bord du gouffre.

Il est temps de vous affranchir de cette pensée unique dictée par les grands lobbies financiers et industriels. En attendant qu’un candidat à la présidentielle propose enfin un projet de société novateur pour 2012, et si vous êtes encore un minimum concerné par l’avenir de notre pays, vous pourriez tout de suite décider quatre mesures simples pour soulager nos finances publiques et orienter notre économie vers une croissance durable.

La TVA sur la restauration
► Récupérer 3 milliards d’euros en remontant la TVA pour toute la restauration dont la vente à emporter et l’hôtellerie, dont le chiffre d’affaires était de 84,8 milliards d’euros en 2008 d’après l’Insee.

Cette mesure permettrait de rentrer près de 10 milliards d’euros par an dans les caisses de l’Etat. Naturellement, il ne s’agirait pas d’allouer l’ensemble de cette manne fiscale à la réduction du déficit public et du remboursement de la dette, mais d’en consacrer une grande partie (7 milliards) pour dynamiser durablement ce secteur en élaborant un certain nombre de propositions qui permettraient :

d’améliorer les salaires et le contenu des assiettes ;
d’attirer un grand nombre de jeunes ;
d’endiguer la fraude sociale et fiscale, très élevée dans ce secteur ;
d’aider principalement le développement de TPE et PME ;
ou encore de favoriser l’investissement.
Cette mesure n’aura que peu d’incidence sur le pouvoir d’achat de la majorité des Français, les restaurateurs n’augmenteront pas leur prix de peur de voir encore leur image se détériorer et la clientèle hôtelière est principalement composée de touristes, de femmes et d’hommes d’affaires qui récupèrent la TVA et de citoyens aisés.

Les allègements de charges
► Récupérer 3 milliards d’euros sur les 22 que perçoivent les entreprises grâce aux allégements de charges accordés par Raffarin suite au passage aux 35 heures. Vous pourriez utiliser les 19 milliards restants pour enfin mener une politique salariale dynamique en incitant les entreprises, principalement les TPE et PME, à bien rémunérer et former leurs salariés.

Permettez-moi, monsieur le Président, de vous rappeler que c’est l’activité qui créé des emplois et non la distribution à l’aveuglette de deniers publics. Il n’a jamais été démontré que cette trappe à bas salaires, comme la nomment souvent certains représentants politiques éclairés, ait eu une quelconque incidence sur l’embauche. Il est temps d’agir dans l’autre sens et d’inciter avec cette somme rondelette les patrons à mieux payer leurs salariés, à investir et à innover.

La niche Copé
► Récupérer 4 milliards d’euros de la niche Copé sur les exonérations sur les plus-values de cessions de filiales, dont aucune étude n’est venue prouver l’efficacité.

Les grandes entreprises que vous aimez tant cajoler bénéficient déjà d’une fiscalité très avantageuse, il n’y a aucun raison de maintenir ce dispositif.

La défiscalisation des heures supplémentaires.
► Récupérer 4 milliards d’euros sur la défiscalisation des heures supplémentaires, dont le dispositif a principalement servi dans certains secteurs comme la restauration ou le bâtiment à officialiser des heures non déclarées, comme l’a décrit le rapport du comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques. Il n’y a aucune raison de favoriser les mauvais élèves et de freiner les embauches.

Naturellement, vous pourriez allouer quelques centaines de millions d’euros sur ces sommes à la lutte contre la fraude sociale et fiscale en redonnant les moyens de contrôle aux différentes administrations concernées qui souffrent de vos coupes budgétaires et de votre programme du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Comme vous le savez le président de la Cour des comptes a estimé dernièrement à 3 milliards d’euros les économies réalisées par le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux pendant huit ans, soit le même montant que le coût annuel de la baisse de la TVA dans la restauration.

Permettez-moi enfin, monsieur le Président, de vous rappeler que selon une étude de l’Insee, les contribuables dont les revenus dépassent 687 862 d’euros payent en moyenne 20% d’impôts. Il serait donc grand temps de faire le ménage dans les niches fiscales et de mettre en place pour cette poignée de privilégiés dont je fais partie un dispositif pérenne qui empêche de descendre son taux d’imposition réel sous 40%, voire 50% pour ceux qui gagnent plus d’1 million par an et 60% pour les rares contribuables dont les revenus dépassent 10 millions annuellement.

Espérant que contrairement à 2007 et 2009 pour ce qui concerne mon secteur, vous saurez prendre les bons arbitrages et que contrairement à votre ancien ministre, monsieur Hervé Novelli, vous ne trouverez pas que je crache dans la soupe, je vous prie, monsieur le Président, de croire en l’expression de mes salutations distinguées. »

Xavier Denamur reste orateur libre de penser qu’il n’y a pas de cohésion sociale sans une vraie justice fiscale.

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Pierre Rabhi : « Vivre sobrement, c’est une forme de libération »

Administrateur | 4 juin 2011 | 12 h 16 min

1531616_5_0814_la-une-du-monde-magazine-date-4-juin-2011Article publié par le Monde le 3 juin 2011
http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/06/03/pierre-rabhi-vivre-sobrement-c-est-une-forme-de-liberation_1531614_3244.html
Béa : J’ai déjà entendu parler de vous mais n’ai lu aucun de vos ouvrages. Qu’appelez-vous « la sobriété heureuse », que défendez-vous ?
Pierre Rabhi : Cela fait quand même une cinquantaine d’années que je suis en protestation, en quelque sorte, contre un monde et une modernité en particulier qui a cessé de donner de l’importance à la nature et à l’être humain pour donner de l’importance à l’argent, au lucre. La vision qui s’est instaurée, surtout à partir des préceptes de la modernité, a donné à l’être humain démiurge une sorte de pouvoir qui a fait qu’il a instauré un principe qui l’a de plus en plus séparé de la nature, avec une sorte de « hors-sol » appliqué à l’humain et une subordination du vivant.

Nous sommes dans la civilisation de la combustion énergétique, de l’accélération du temps par la thermodynamique, et d’une espèce de rupture grave par rapport à la réalité vivante. Et avec un souci qui n’est pas à la hauteur où il devrait être du destin collectif.

Ainsi, on a une planète avec une société inégalitaire, on a instauré une sorte de féodalité planétaire dans laquelle une minorité humaine accapare le maximum du bien commun au détriment d’une très grande majorité.

Celle-ci est de ce fait dans l’indigence. Les explosions actuelles sociales et toutes les protestations qui se multiplient sont révélatrices de ce malaise global. Il y a donc nécessité de mettre l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations. Et tous nos moyens à leur service.

On m’avait poussé à me présenter à l’élection présidentielle de 2002, et notre manifeste mettait bien en avant la subordination du féminin, une éducation qui ne prépare pas l’enfant à avoir son équilibre propre mais à devenir un soldat de l’économie. On a concentré des êtres humains en ville au détriment de l’espace naturel, etc.

Nathnet : La nécessité d’une décroissance est pour moi une évidence ; je ne parviens néanmoins pas à imaginer quel chemin le monde tel qu’il est pourrait emprunter pour entamer cette décroissance. Quel pourrait être ce chemin ?

Le chemin commence déjà par soi-même. Il faut spécifier que pour ce qui me concerne, je ne suis pas seulement dans des théories générales, puisque quand nous avons décidé un retour à la terre en 1961, la question de la modération comme fondement social était l’un des paramètres complètement intégrés dans le projet. La question était : comment vivre sobrement de façon que l’être ne soit pas aliéné par l’avoir ? C’est une forme de libération.

L’autre élément à prendre en compte, c’est que, objectivement, nous n’avons pour vivre qu’une seule planète, cette planète recèle des ressources, ces ressources ne sont pas illimitées, il est donc indispensable que l’humanité s’ajuste à cette réalité.

Et là aussi, au lieu de voir notre planète comme une opportunité extraordinaire, belle et généreuse, nous la voyons comme un gisement de ressources qu’il faut épuiser jusqu’au dernier poisson, jusqu’au dernier arbre. C’est en quelque sorte la sacrifier à la cupidité et au lucre. C’est moralement totalement intolérable.

Stéphane : Ne croyez-vous pas que ce que vous proposez ne peut être accepté et vécu que par une toute petite minorité ? Et que la plupart des gens ne seront pas prêts à faire de grosses concessions par rapport à leurs modes de vie ?

Disons qu’il faut d’abord réajuster les choses. Les disparités mondiales sont considérables. Il y a à peu près un quart de la population mondiale qui est dans une forme de prospérité considérable, et les trois quarts qui sont dans l’indigence, la pauvreté ou la misère absolue.

Donc il y a nécessité d’un réajustement qui soit se fera par l’intelligence et une détermination, une nouvelle civilisation de la modération, soit par la violence.

Nous assistons aujourd’hui à des événements qui sont très significatifs de ce qui peut se généraliser. Et compte tenu du lien qui existe entre les nations, de l’interdépendance compétitive, on peut imaginer un drame planétaire.

Guest : Pensez-vous, si la décroissance devait se produire, qu’elle arriverait plutôt dans un mouvement lent et continu ou au contraire soudain, dû à une catastrophe ou épidémie quelconque amenant l’homme à une prise de conscience du réel ?

Il est temps de mettre en perspective la nécessité absolue de construire un nouveau paradigme sur la réalité que nous observons aujourd’hui. Je n’ai jamais critiqué les politiques pour ce qu’ils sont, ils sont comme tout le monde, empêtrés dans une logique d’une complexité telle qu’elle handicape même les initiatives positives.

Mais si j’ai un reproche à leur faire, c’est de ne pas mettre en perspective, justement, la logique de la modération.

Nous sommes dans le toujours plus, toujours plus, et nous ne sommes jamais dans un retour réaliste à la modération.

Ladigue : Attendez-vous quelque chose de l’Etat et des élections ? Prendrez-vous position pour la primaire écologique entre Eva Joly et Nicolas Hulot ?

FHamy : La candidature de Nicolas Hulot vous convainc-elle ?

Je suis très gêné de donner une réponse à ces questions, car je suis totalement convaincu que la politique, globalement, n’est pas du tout en phase avec les réalités du monde d’aujourd’hui et toutes les mutations gigantesques qui sont en train de se faire, ou ces séismes, pas seulement telluriques mais sociaux. Je ne crois vraiment pas que l’on puisse donner une réponse crédible et durable à l’Histoire sans mettre en question le paradigme de la croissance et de la puissance de l’argent.

Je pense que le monde politique comporte des êtres humains de conscience, mais la complexité du modèle risque d’handicaper leurs aspirations.

Je connais Nicolas Hulot, puisque nous avons écrit un ouvrage ensemble, j’ai beaucoup d’estime pour cet homme. Entre le Nicolas Hulot médiatique et le Nicolas Hulot dans l’intime, j’ai trouvé qu’il y avait une différence, et je suis touché par ce qu’il est en tant qu’être humain.

Donc je n’aurai pas de consigne à donner, je pense que chacun jugera. Par ailleurs, nous avons nous-mêmes, pour 2012, un projet qui mettrait en évidence tout l’effort que fait la société civile pour imaginer et inventer le futur.

Cela prendra la forme d’une sorte d’animation nationale où, avec notre organisation Colibri, nous essaierons d’inciter le maximum de groupes humains ou d’individus à mettre en évidence tout ce qu’ils font pour un changement de société.

Sur quatre critères : il faut changer de paradigme, mettre définitivement et résolument l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations ; pour qu’il y ait changement de société, il faut qu’il y ait changement humain, d’où une autre éducation qui ne soit pas seulement dans la compétitivité, mais dans la complémentarité ; la reconnaissance du féminin comme étant une composante très importante de l’histoire et qui ne doit plus être subordonnée ; une belle civilisation de la modération, exalter la beauté de la modération ; quatrième critère, un peu plus délicat mais qu’on ne pourra plus continuer à évacuer : reconnaître le caractère sacré de la vie. Et sur ces critères, nous essayons de faire que ce manifeste ait bien toute cette créativité.

Nous n’entrerons pas, comme je l’ai fait en 2002, dans le rituel politique, les 500 signatures, etc., notre objectif n’étant pas de prendre une place politique, mais de donner la parole à tous ceux qui sont engagés dans la construction d’un monde différent.

Fabrice J : Est-ce que vous prônez également une décroissance démographique, on a du mal à voir comment l’on pourrait allier une décroissance économique et l’extraordinaire boom démographique actuel. Que préconisez-vous en la matière ?

C’est un sujet très désobligeant pour les peuples qui n’ont même pas à manger. Dire que, par exemple, la faim dans le monde est due au surnombre de la population, c’est une ineptie compte tenu qu’il y a 1 milliard d’êtres humains qui connaissent la famine, il y en a 3 milliards qui sont à peine nourris, alors que les ressources existent, alors que la nature a une capacité extraordinaire à la générosité. Je suis moi-même agroécologiste, et j’affirme que nous pouvons nourrir l’ensemble des êtres humains, à la condition que nous en ayons le souci.

On dit parfois que l’Afrique est pauvre ; or l’Afrique représente presque dix fois la superficie de l’Inde, c’est un continent où la population est relativement jeune, qui recèle toutes les richesses possibles, y compris des richesses inutiles que sont les diamants et tout le reste, et je crois qu’elle n’atteint pas le milliard d’individus. Comparée à l’Inde ou à l’Asie, elle serait sous-peuplée.

Donc je ne pourrai jamais admettre cette imposture, si l’on prend en compte les dépenses exorbitantes que nous faisons avec les armements, les destructions de toutes sortes, alors que nous négligeons notre devoir premier, qui est de prendre soin de la vie.

Arnaud : N’êtes-vous pas certaines fois découragé et lassé par la tournure des choses ? Pouvez-vous comprendre certains militants comme Paul Watson (ou José Bové dans une autre mesure) qui ont décidé d’être en protestation mais sous la forme d’actions directes contre ce qu’ils critiquent ?

Bien sûr, je ne suis qu’un être humain, avec mes humeurs, variables. Je pense que toute violence est de la violence. Je comprends aussi – évidemment je ne juge pas – qu’il puisse y avoir des états d’exaspération dans lesquels on ne voit pas d’autres expressions que celle de la réaction dite violente.

Donc je ne juge pas. Je sais aussi que je suis un insurgé depuis déjà cinquante ans, et la meilleure façon de m’insurger a été de tenter de construire d’autres choses, avec une autre logique. Ma réaction repose sur l’engagement pour la Terre – comment nourrir les êtres humains ? – et j’utilise donc l’agroécologie comme moyen d’agir.

Et je le fais avec toute la ferveur et l’énergie que je peux, au Nord, au Sud, et je suis dans une forme de satisfaction humble d’avoir, par exemple, permis à des milliers de paysans du Sud de se nourrir sans dépendre des engrais chimiques, des pesticides de synthèse, et donc de se libérer de l’aliénation qu’impose le système dominant aujourd’hui.

Je ne prétends pas être Dieu, mais je crois beaucoup plus à : comment faire autrement ? et non à la protestation toute simple. Mais je répète, je ne juge pas, je pense que les actions comme celles de José Bové vont contribuer à éveiller, mais chacun là où il est fait ce qu’il peut.

Cath26 : Je souhaite soumettre une idée : faire une proposition à tous les maires des petites communes rurales (et sous d’autres formes aux communes plus importantes) qu’ils mettent à la disposition d’un maraîcher sachant travailler en bio des terrains suffisants pour permettre de fournir les légumes à la cantine et fournir des paniers ou vendre la production sur le marché du village. Qu’en pensez-vous ?

Je ne peux que souscrire à cette idée. Sauf que la problématique aujourd’hui, de l’alimentation mondiale comme de l’alimentation nationale, devrait être traitée comme un des grands paramètres qui influeront sur l’avenir.

Il est absolument anormal qu’un pays vive de transferts et de transits de nourriture à coups d’énergie et sur des milliers de kilomètres, alors qu’un pays comme la France rentre dans la friche. Produire et consommer localement a toujours été pour moi une priorité.

Je m’y suis mis moi-même, d’ailleurs, je ne fais pas que le proclamer. Et la problématique alimentaire mondiale est en train d’entrer dans une phase où une pénurie mondiale n’est absolument pas à exclure.

Donc les initiatives locales sont les bienvenues, mais il faut un plan national qui puisse permettre de repenser de fond en comble cette problématique cruciale.

Le chat : Vous avez dit dans un article publié dans Rue89 qu’ »avoir un morceau de terre pour se nourrir est un acte politique et de résistance. » Pensez-vous que passer sa vie à cultiver sa terre pour se nourrir est un progrès pour l’homme ?

Non, il ne s’agit pas seulement de passer sa vie à cultiver la terre. J’ai cultivé la terre, même au plan familial, cela ne nous a pas empêchés d’être des musiciens pratiquants, d’écrire des ouvrages, et bien d’autres activités de culture générale. Par ailleurs, il faut surtout se garder de mépriser, comme on l’a trop souvent fait, le travail de la terre. C’est le métier le plus indispensable à la collectivité humaine.

Et c’est un métier qui ouvre à des connaissances absolument extraordinaires, à condition de le faire selon les critères de la vie et pas selon les critères de la chimie et du productivisme.

Mais je suis aujourd’hui en situation d’assumer ma vie avec d’autres activités, et je peux me passer de beaucoup d’activités, sauf celle de travailler la terre tant que je le pourrai, car c’est une source de joie absolument extraordinaire.

Mme Lily Maie Lang : Quel regard portez-vous sur le mouvement des Indignés qui se développe en Espagne et ailleurs ?

Je suis d’accord pour l’indignation, mais l’indignation ne peut pas rester que de l’indignation. Elle peut être source de violences. L’indignation doit être constructive, pas seulement dans la protestation. Je ne me sens pas innocent de l’organisation du monde actuel, donc je ne vois pas, d’un côté, les victimes, et de l’autre, les bourreaux. Ce n’est pas si simple.

Parce qu’il y a nécessité, comme je le disais, d’un changement profond des êtres humains pour que cette protestation puisse véritablement contribuer au changement de la société. Je ne peux pas me contenter de m’indigner et par exemple d’opprimer ma femme, mes enfants ou ma belle-mère…

Donc je n’ai pas de jugement particulier sur l’intention, mais il faut faire très attention à ce que cela peut induire, où finalement on instaure un ordre dans lequel il y a des victimes et des bourreaux. Je participe tous les jours à nourrir les multinationales, puisque je suis dans la consommation. Je pars plutôt du principe de responsabilité partagée que du clivage entre bourreaux et victimes.

Fabien : Pensez-vous qu’une agriculture toute biologique soit la réponse ? N’existe-t-il pas une agriculture « intermédiaire » entre l’agriculture biologique et l’agriculture intensive, qui pourrait prendre le relais de façon plus réaliste ?

John Foy : Comment faire pour changer la façon dont on pratique l’agriculture en France ?

Moi, je pense – et je l’ai prouvé partout – qu’on n’a vraiment pas besoin d’une agriculture qui nécessite des intrants chimiques de synthèse ni une mécanisation trop violente.

Tout cela procède d’une logique dans laquelle la pétrochimie internationale trouve des créneaux intéressants et lucratifs. Je pense vraiment que nous pouvons nous nourrir, nourrir l’ensemble de l’humanité, avec des méthodes écologiques.

J’ai écrit un ouvrage sur des expériences menées dans les zones sahéliennes, qui sont agronomiquement difficiles, et avec des résultats extraordinaires grâce aux méthodes écologiques. Cela a permis de libérer les paysans les plus démunis des intrants chimiques coûteux : il faut à peu près 2 à 2,5 tonnes de pétrole pour produire 1 tonne d’engrais, le pétrole étant indexé sur le dollar, tout paysan qui a recours à ces intrants se trouve intégré à la mondialisation. J’ai donc vu des communautés paysannes pauvres produire des denrées exportables, aboutir à la ruine parce que l’investissement reste relativement invariable et ensuite les produits – arachides, cacao – subissent la loi de l’offre et de la demande du marché, et c’est ce qui a contribué aussi à ruiner un nombre considérable de paysans.

Entre-temps, ils n’ont pas pu produire pour leur alimentation directe et ont été souvent contraints de migrer vers les villes. L’une des raisons de l’augmentation des populations urbaines est liée au fait qu’on ne les a pas aidés à se stabiliser sur leur sol. C’est pourquoi je suis absolument déterminé à poursuivre l’action que je mène depuis déjà une trentaine d’années. Nous avons pour répondre à cela créé une fondation, la fondation Pierre-Rabhi, pour la sécurité, la salubrité et l’autonomie alimentaire des populations.

Il n’y a que de cette façon que l’on peut, avec des techniques que nous maîtrisons, redonner à tous ces êtres souffrants et indigents la dignité, la capacité de répondre à leurs besoins et à ceux de leurs familles, sans aliénation.

Donc j’affirme encore une fois que l’agroécologie est la seule en mesure de répondre à la problématique de l’alimentation, avec des savoirs et des savoir-faire qui mettent en activité l’énergie de la vie elle-même telle qu’elle s’est organisée depuis les origines.

Léo : J’ai le sentiment en vous lisant que vous pronez un changement individuel (comportement, sens des priorités, alimentation, rapport au travail, etc) avant le changement collectif. Vous critiquez aussi le régime des empires commerciaux (corporatocraties). Mais ces empires ont-ils une chance de relâcher leur étreinte sans mobilisation collective ? Je comprends la nécessité des deux (mobilisation individuelle et mobilisation collective), mais comment articulez-vous les deux ?

Baptiste : Vous dites participer à nourrir les multinationales tous les jours, comme nous tous, par la consommation. Dans l’objectif du changement de paradigme que vous prônez, d’où doit venir le déclic ? Des multinationales (peu probables), des consommateurs (la consommation peut-elle être une action avec de véritables conséquences ?) ou bien du politique (vous n’y croyez apparemment pas) ?

Je dirais qu’aujourd’hui il y a deux choses : bien entendu, l’initiative individuelle, et les directives et les options politiques. Il faut les deux, sinon l’évolution ne peut se faire au rythme où elle devrait se faire compte tenu de l’urgence.

En fait, pour moi, tout se résume dans l’option que l’humanité a faite et qui n’est pas, comme je le disais, conforme à la réalité de la vie elle-même et des êtres humains, selon leur nature fondamentale.

Nous ne sommes pas sur cette planète pour produire et consommer indéfiniment pour le PIB et pour le PNB, nous sommes sur cette planète pour la comprendre, en prendre soin en prenant soin de nous-mêmes, et surtout, pour enchanter, pour admirer, pour que la vie ne soit pas un cauchemar, mais un rêve magnifique, poétique et qui nous accomplisse.

Lire aussi l’excellente interview de Pierre Rabhi sur Rue89

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