« Trop de restaurateurs trichent »
comitemodernisation | 11 mars 2011 | 16 h 53 min
On peut certes, si on le souhaite, critiquer la forme de l’article paru dans Marianne. Mais le message est cependant clair : trop de restaurateurs trichent et se laissent bercer avec résignation par les rêves que leur procurent l’agroalimentaire avec ses plats finis, prêts à servir et parfois à réchauffer. Peu importe pour eux que cela uniformise la restauration et lui retire tout intérêt. Nul besoin chez eux de fourneaux et de savoir-faire, sinon celui de parvenir à manipuler des ciseaux ou un ouvre-boîte et un micro-ondes.
On estime sans se tromper que 70 % (!) des restaurateurs utilisent en partie ou totalement ces produits industriels. Ceux-là sont partout, contrairement à ce que vous pensez : à Paris, en province, dans les petits bourgs, dans les campagnes, dans les stations de vacances,… partout. Je les connais, je les vois tous les jours, nous savons les identifier. Ils sont même dans les maisons les plus insoupçonnables ; c’est dire.
Les prix : rien de choquant en effet à facturer le juste prix pour un vrai produit honnête cuisiné maison ; à condition qu’il soit bon (on oublie souvent de le rappeler), ce qui n’est pas toujours garanti. Il est plus agaçant de constater qu’un plat industriel sous-vide, sans valeur ajoutée, sera facturé — lui aussi — à des tarifs qui deviennent alors exorbitants dès lors où ils ne sont pas justifiés, car il n’y a eu aucun travail fourni par le restaurateur. A propos de manque de valeur ajoutée, j’en aurais d’ailleurs beaucoup à dire également sur le prix du vin, des sodas et surtout de l’eau minérale au restaurant… Passons.
Et que dire de la réglementation qui permet par assemblage de produits industriels finis d’appeler un plat “maison” qui n’en est pas ? Une tarte aux abricots peut ainsi s’appeler “maison” en utilisant un fond de tarte précuit, une crème pâtissière en pack prête à être déversée et des malheureux abricots au sirop en conserve… on saupoudre de sucre glace et ni vu ni connu, en toute légalité.
Les clients fantasment encore et veulent croire que dans nos cuisines se trouvent des cuisiniers de métier, qui aiment ce qu’ils font, qui vont acheter le matin leurs produits frais au marché, qui épluchent amoureusement leurs légumes et qui font mitonner tout ça avec art. Combien sont-ils encore à travailler comme ça, dans le respect des clients, mais aussi de leur métier et de leurs collaborateurs ? Oui, il y a de quoi faire fuir les jeunes vite fait, qui par mégarde auraient eu des velléités d’épouser ce métier…
A la place, on les voit en masse, ces « restaurateurs » (le mot ne leur convient pas) avec leurs gros caddies chez Métro ou Promocash emplis de conserves, de sous-vide et de surgelés, ou à se faire livrer des cartons de plats prêts à servir par des Brake ou Pomona, dans des camionnettes discrètes souvent banalisées pour que les clients ne voient surtout pas ce stratagème.
Ces produits industriels ne sont pas tous mauvais, soyons honnête, bien qu’il y ait beaucoup de low cost abominable, dans ce registre aussi. Y compris avec des gammes prétendues bio, conçues à l’étranger sous des réglementations autrement plus permissives que les nôtres. Mais c’est servi en France, dans nos restaurants français, alors que les clients veulent avoir affaire à de vrais cuisiniers ; ils sont prêts à payer davantage pour une vraie production culinaire digne de (bonne) foi et savoureuse ; que ce soit dit.
Alors oui, c’est un désastre. La restauration sécrète son propre venin, qui la fait mourir à petit feu, avec beaucoup de restaurateurs à l’esprit petit, avec leur petite TVA et des salaires tout petits accordés à leurs employés, …mais avec des grosses additions injustifiées quand la fourberie entre dans l’arène. Il est vain et malveillant d’accuser la conjoncture, la réglementation, les prélèvements obligatoires, le « personnel qui ne veut pas bosser » et les « clients qui ne comprennent rien » (toujours la faute aux autres), quand on joue ainsi au poker menteur.
Je comprends votre désarroi, Cher Aubergiste, et je vous donne raison à plein d’égards. Mais sachez que les reportages et les articles assassins sur ces pratiques de triche et de facilité regrettable ne font que commencer. Il va y en avoir davantage encore, jusqu’à ce que la profession se surpasse, se corrige, se reprenne, se révolutionne. Et résiste aux chants des sirènes de l’agroalimentaire qui décidément va trop loin.
Après tout, les syndicats de restaurateurs ont joué avec le feu avec leur sombre histoire de TVA. Il ne faut pas s’étonner que l’opinion et les médias trouvent aisément à présent leur revanche.
Quant aux Maîtres restaurateurs, pourquoi sont-ils si peu nombreux et pourquoi est-ce que cela ne prend pas, malgré les avantages fiscaux que cela apporte ? Je me le demande encore, sachant que je ne suis pas certain qu’il s’agisse tous d’excellents cuisiniers, et qu’ils soient tous sincères dans leur prestation.
Voilà mon avis sur le sujet, qui vaut ce qu’il vaut. J’en ai encore davantage à dire, mais je ne veux pas vous importer ici avec ça. Je suis avec vous pour une cuisine et une restauration honnête, noble et généreuse. Et je lutterai contre les pratiques qui trompent le monde.
Mark Watkins Fondateur du Comité pour la Modernisation de l’Hôtellerie Française et de Coach Omnium

How the cut in VAT put nothing better on your plate or back in your wallet
To friends and fellow food-lovers, from here and the world over
I thought I might find an explanation on Wikipedia but only got more depressed. It turns out that France is in third place for UHT consumption close behind Belgium (96.7%) – no, this is no joke – and Spain (at 95.7% you might think that heat might be an issue in Spain but Greece is way down the list with only 0.9%…).





















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